Ciment d’argile crue : Materrup passe à l’industrialisation dans les Landes

Article très intéressant sur notre Start-up MATERR’UP publié par le MONITEUR et écrit par Orianne Dupont (Bureau de Bordeaux du Moniteur) |  le 26/01/2022  |  

La start-up landaise Materrup démarre la commercialisation de son ciment d’argile non calcinée, destiné à remplacer le ciment traditionnel dans la composition du béton. Une technologie qui répond à la fois à l’urgence climatique et aux exigences de la RE 2020.

Il a fallu huit ans (dont trois depuis la création de l’entreprise en 2018) et 35 brevets déposés à l’international pour que Materrup lance son « Clay cement 1 » (MCC1) sur le marché.

Un ciment réalisé à partir d’argiles crues – ni cuites, ni flashées -, mélangées à un précurseur et à un activateur, qui s’intègre dans la composition d’un béton structurel de type 42.5. Sans surdosage. Une solution pour la fabrication de blocs creux, dalles parking et murs préfabriqués que les dirigeants, Mathieu et Charles Neuville et Manuel Mercé, estiment « propre, locale et esthétique » et dont l’industrialisation démarrera dans les prochains jours, après leur arrivée dans leur nouvelle usine de 1 800 m2 au sein de la zone d’activités Atlantique Sud à Saint-Geours-de-Maremne (Landes). Ils quittent ainsi le technopôle Domolandes, où tout a commencé.

L’argile, une ressource abondante et performante

« Sans modifier la qualité du béton, nous le substituons au ciment traditionnel : son empreinte carbone est de 350 kg de CO2 par tonne : soit une réduction de 40 % par rapport à un ciment 42.5 de type Cem II », détaille Mathieu Neuville, ingénieur en chimie et ancien de chez Lafarge et Total, entreprises au sein desquelles il avait déjà démarré la réflexion sur les bétons bas carbone, qu’il jugeait trop lente.

« Nous apportons une solution qui réduit l’empreinte carbone, tout en s’appuyant sur le cadre normatif, indique Charles Neuville, directeur administratif et financier de Materrup, cela ne modifie aucunement la mise en œuvre du béton. » Utiliser l’argile est également une manière de valoriser une ressource abondante et présente partout ; et d’apporter une solution, à terme, pour les terres de déblais.

Mathieu Neuville estimait d’ailleurs lors d’une interview en 2018 que la technologie de Materrup pourrait être une réponse à cette problématique dans le cadre de l’aménagement du Grand Paris. Lors de l’exploitation des terres d’excavation argileuses, du sable pourra également être valorisé.

Déploiement sur tout le territoire et à l’étranger dès 2023

Après la mise de sa première usine dans les Landes – alimentée par une ressource issue d’un rayon d’une vingtaine de kilomètres – Materrup prévoit des implantations de petites unités de production de ciment en France, en Europe et au-delà, dès 2023.

En termes de performance énergétique, l’argile apporte un confort hygrométrique et sa couleur ocre qui teinte le béton semble plaire à leurs partenaires que sont les bétonniers, préfabriquants et constructeurs.

Depuis l’an dernier, Materrup décline son ciment local en diverses applications béton telles que des blocs creux (parpaings d’argile Argiroc) et des éléments préfabriqués destinés à l‘aménagement urbain (dalles alvéolées) qu’elle commercialise à l’échelle régionale.

Si le béton bas carbone est la problématique sur laquelle d’autres entreprises se penchent également, Materrup ne craint pas la concurrence. « Le marché est immense, reconnaît Charles Neuville, la production de tous les acteurs ne suffira pas à couvrir les besoins et nous avons une fenêtre de dix ans pour faire basculer les entreprises du bon côté. »

Une pépite de la French Tech

Materrup fait partie des 20 start-up « green tech » lauréates du programme « French Tech Green20 », dont la liste a été dévoilée en mai dernier par Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique et Cédric O, Secrétaire d’Etat chargé du Numérique. L’objectif de ce programme est de faire émerger les nouveaux champions technologiques de la transition écologique en détectant puis accompagnant des start-up « green tech » qui ont la capacité de devenir les futurs leaders français, puis internationaux dans ce secteur.